"Matisse. Le laboratoire intérieur" au Musée des Beaux-Arts de Lyon


Jusqu'au 6 mars, le Musée des Beaux-Arts de Lyon expose Henri Matisse à travers environ 250 de ses oeuvres, en majorité graphiques. Cette exposition a de quoi dérouter tant Matisse est unanimement reconnu comme un maître de la couleur. Ici peu de tableaux mais essentiellement des dessins, au crayon ou à l'encre, qui révèlent un autre aspect de son travail. En effet, le dessin que Matisse pratiquait avec une assiduité remarquable fut pour lui un véritable espace de recherche, un "laboratoire intérieur", nécessaire à son oeuvre de peintre et sculpteur.


Le parcours de l'exposition, en quatorze séquences, est à la fois chronologique et thématique. Il nous conduit des débuts de l'artiste dans les années 1890 à son ultime projet monumental, la chapelle du Rosaire à Vence, vers 1950. Entre ces deux jalons, Matisse explore sans relâche l'art de la ligne et dessine paysages et portraits, tissus et fruits.


La salle consacrée à l'odalisque, cette figure féminine orientale prisée des peintres depuis le XVIIIe siècle, m'a particulièrement séduite. La justesse du dessin (portrait et nu) est longuement travaillée par Matisse avant de s'effacer au profit d'une peinture chatoyante, dans laquelle le modèle et le décor sont intimement liés. C'est également ce qui m'a plu dans les nus de Lydia, datant des années 1935-1937, puis dans la série dite des "blouses roumaines". Matisse, qui est issu d'une famille de tisserands, a collectionné tout au long de sa vie des étoffes, tapis et tentures, mais aussi des blouses roumaines dont il revêtait ses modèles. Son interprétation des motifs décoratifs est graphique, épurée.

Nu au cousin bleu, 1924 - (Paris, Institut National d'Histoire de l'Art)
Odalisque assise, 1926 (New-York, Metropolitan Museum of Art)

L'artiste et le modèle reflétés dans le miroir, 1937 (Baltimore, Baltimore Museum of Art)
Nu debout, fougère noire, 1948 (Paris, Centre Pompidou)

Nature morte à la dormeuse, 1940 (Washington, National Gallery of Art)



Cette quête de l'épure sous-tend l'ensemble de l'exposition qui montre le parcours d'un artiste travaillant sans relâche, explorant diverses voies depuis les études hachurées, griffées de ses années de formation, aux visages d'après-guerre dans lesquels masque africain et calligraphie chinoise se rejoignent.

Jackie, 1947 (Coll. part.)

Matisse photographié dans sa villa Le Rêve à Vence, par Michel Sima, 1948
Au mur, une série de portraits de ses petits-enfants Claude Duthuit et Jackie Matisse (1945-1947)



Cette exposition est également l'occasion pour le Musée des Beaux-Arts de mettre en valeur d'importants dons faits par Matisse. Hospitalisé à Lyon en 1941, l'artiste séjourna pendant quelques mois entre la clinique du Parc et le Grand Nouvel Hôtel, rue Grolée. A la même époque, René Jullian, directeur du musée, cherchait à acquérir une de ses oeuvres. C'est ainsi qu'entre 1943 et 1950, Matisse va régulièrement donner au musée des exemplaires de ses ouvrages illustrés. L'album Jazz est l'un d'entre eux, magnifique livre d'artiste composé de papiers gouachés découpés et de textes manuscrits, sur le thème de la danse, du cirque, du voyage.


Jazz, 1947 (Lyon, Musée des Beaux-Arts).
A gauche, planche V, Le cheval, l'écuyère et le clown
A droite, planche XVII, Le lagon



Pour conclure, je ne peux que vous encourager à aller découvrir cette superbe exposition car Matisse est un artiste merveilleux, sensible, authentique et moderne. La quantité d'oeuvres présentées est importante, notamment grâce à de nombreux prêts de musées américains, ce qui permet offre au visiteur un parcours riche et varié, retraçant toute la carrière de l'artiste.
Je ne vous en ai donné qu'un tout petit aperçu, courrez découvrir le reste !



"Henri Matisse. Le laboratoire intérieur" 
au Musée des Beaux-Arts de Lyon jusqu'au 6 mars 2017

Toutes les oeuvres © Succession H. Matisse


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