"La France d'Avedon. Vieux Monde, New Look" à la BnF



La Bibliothèque nationale de France expose jusqu'au 26 février 2017 un ensemble de photographies de Richard Avedon illustrant les liens que le photographe américain a entretenu tout au long de sa carrière avec la France.

Le jeune homme découvre Paris en 1947. Fasciné par les lumières du monde et de la mode, il désire tirer la haute couture de la léthargie dans laquelle elle sommeille depuis la seconde guerre mondiale, alors même que New-York est en train de devenir le symbole de la modernité. Sincèrement attaché aux charmes de Paris, il est le premier à photographier des mannequins à la personnalité affirmée, déambulant dans les rues, chez les bouquinistes ou entre les étals des marchés. Ce cliché de la mode parisienne vue par un américain a de quoi faire sourire mais Richard Avedon a joué un rôle fondamental dans l’évolution de la photographie de mode. 
Cela vous rappelle quelque chose ? La série franco-brittanique The Collection (2016) évoque également cette histoire : le jeune photographe Billy Novak, fraîchement débarqué de New-York, ne rêve que de prendre des clichés sa mannequin fétiche chaussée de patins à roulettes ! Le début de la carrière d'Avedon est décidément très cinématographique puisque dès 1957 sort  Funny Face. Ce film musical de Stanley Donen, avec dans les rôles-titres Fred Astaire et Audrey Hepburn, est librement inspiré des débuts du photographe. Il est évoqué dans l’exposition par des photos prises lors du tournage par Avedon lui-même.
Dans la même veine, des photographies de mode publiées en 1959 dans Harper’s Bazaar mettent en scène Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton à Paris. Cette série, conçue comme un roman-photo dans lequel la jeune actrice rayonne de grâce, est charmante.


Audrey Hepburn, sur le plateau de Funny Face, 1956
Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton dans Paris Pursuit, pour Harper's Bazaar, 9 août 1959


La suite de l’exposition met en valeur des portraits de personnalités incontournables de la vie artistique et intellectuelle française des années 1950 à 1970 : Coco Chanel, Alberto Giacometti, Jean Cocteau, René Clair, Claude et Paloma Picasso, etc. Certains sont particulièrement impressionnants. Je pense notamment à Samuel Beckett dont le visage profondément marqué raconte une vie intense. D’autres sont à la fois sensibles et joyeux comme la petite série de "portraits à la tour Eiffel" présentant Marc Chagall, Maurice Chevalier, Jacques Tati et Jean Anouilh. 


Samuel Beckett, 13 avril 1979


Marc Chagall et Maurice Chevalier, 27 janvier 1959


On comprend alors l’attirance de Richard Avedon pour Jacques-Henri Lartigue, le photographe de la joie de vivre par excellence. A la fin des années 1960, Avedon se passionne pour le travail du photographe français, déjà âgé mais peu reconnu. Captant inlassablement son entourage, avec fraîcheur et spontanéité, Jacques-Henri Lartigue n’est pas si éloigné de Richard Avedon, qui traite ses sujets avec autant d'humour que d'humanité. 
Publié en 1970, l’ouvrage Diary of a Century rassemble des photographies de Lartigue éditées par Avedon. Les deux exemplaires du livre respectivement dédicacés par les deux artistes témoignent d’une grande complicité.

A partir de 1985, Richard Avedon commence à travailler pour la revue Egoïste, fondée par Nicole Wisniak quelques années plus tôt. Il participe à neuf numéros, photographiant des personnalités variées. Cette série de portraits révèle à nouveau une grande richesse de caractères. 
L'ensemble est complété par quelques clichés du bal Volpi qui s'était tenu à Venise le 31 août 1991, également publiés dans Egoïste. Là, l'ambiance est différente, mondaine et décadente.


Egoïste, n°14, 2000, Soeur Emmanuelle, t. II et Gérard Depardieu, t. I




« Il n’y a pas de vérité en photographie. Et il n’y a pas qu’une seule vérité chez quelqu’un. 
Mes portraits sont davantage un reflet de moi-même que des personnes que je photographie. »

Cette phrase de Richard Avedon résume a elle seule l’exposition et, on pourrait même dire, toute son oeuvre. Les milliers de clichés pris par le photographe tout au long de sa vie ne sont que le reflet du regard qu'il a posé sur chacun de ses sujets, ici les représentants du Paris glamour et intellectuel de la seconde moitié du XXe siècle. 
Ces photos évoquant "La France d'Avedon" ne représentent qu'une partie de son travail. Ailleurs, son regard moderne et humaniste s'est posé sur de nombreux anonymes. Si vous ne connaissez pas bien l’oeuvre d’Avedon, je ne peux que vous encourager à découvrir une partie de son travail sur le site de la Fondation Richard Avedon.



"La France d'Avedon. Vieux Monde, New Look"
à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterand, 
du mardi au dimanche, jusqu'au 26 février 2017. 
Pour plus de renseignements : l'expo sur le site de la BNF.

Tous les photos © Fondation Richard Avedon.




Edit : Il semblerait que les réalisateurs ne cesseront jamais de s'inspirer d'Avedon... Avez-vous remarqué dans l'épilogue de La la land, la scène furtive pendant laquelle on voit Mia photographiée devant l'Arc de triomphe des ballons à la main ? Parfait écho à l'affiche de cette exposition !

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